
La guerre de 100 ans.
Pendant plus d'un siècle (de 1346 à 1453) notre pays va être dévasté par les invasions anglaises. Le royaume est dans une situation lamentable et le peuple ne fut peu être jamais aussi malheureux qu'à cette époque.
Beaufort devait prendre, pendant cette période de troubles et de misère, une place importante.
Jehan, fils du noble Roy d'Angleterre, duc de Lancastre comte de Richemond, de Derby, de Nicol et de Leicester, seigneur de Beaufort, occupa le château de Beaufort, et de sa liaison avec Catherine Roët, veuve d'un chevalier anglais, naquirent quatre enfants :
1° Jean de Beaufort, chef de la branche des ducs de sommerest actuels.
2° Le cardinal Henri de Beaufort, évêque de Lincoln, décédé en 1477
3° Thomas de Beaufort duc d'Excester
4° Jeanne de Beaufort.
Nous devons mentionner que le second fils de Jean de Gand, le cardinal Henri de Beaufort, fut un des juges qui condamna Jeanne d'Arc à la peine de mort.
Au XIVe siècle, les possessions anglaises, dans notre France, étaient arrivées à représenter ce que sont actuellement nos colonies, et Beaufort était devenu propriété anglaise, au milieu de la province de Champagne.
C'est par Beaufort et Rosnay que les Anglais pénétrèrent en Champagne.
En 1358, la Champagne était parcourue en tous sens par ces gens de guerre dont le repère était Beaufort.
Messire Pierre Dudley ou d'Audelée, redoutable capitaine anglais, réfugié au château de Beaufort avec une forte garnison et repoussait toutes les attaques dirigées contre lui. On retrouve que la ville de Troyes paya 369 livres 12 deniers pour "prix de plusieurs manteaux, échelles et autres engins de guerre" préparés et achetés pour aller assiéger le château de Beaufort (1359)
Faisant d'audacieuses randonnées dans toute la région, les troupes de Pierre Dudley pillèrent, un dimanche de 1358, l'église de Rosnay et, en 1359, entreprirent une randonnée contre Chalons sur Marne, qu'ils faillirent surprendre.
Toutes les attaques contre Beaufort n'eurent aucun succès, sinon de ravager le pays environnant et d'occasionner la plus effroyable misère.
C'est, qu'en effet le château fort dominait la vaste plaine de Brienne, défendu au nord et à l'ouest par des fossés profonds de 12 mètres, était, à cette époque, imprenable.
La construction, qui datait du XIe siècle, était massive et imposante. La grosse tour avait 40 mètres de circonférence extérieure avec une élévation de 27 mètres non compris la toiture. L'épaisseur des murs était de 3 mètres. Elle communiquait en dehors, lorsque le château était assiégé, par des souterrains taillés à même dans la craie, et qui débouchaient soit dans des maisons particulières, soit en rase campagne. Aujourd'hui encore on retrouve trace de ces souterrains, mais dans lesquels personnes n'a osé s'aventurer.
Indépendamment de cette grosse tour, le château en possédait encore plusieurs autres, moins considérables (en 1764, les ruines s'élevaient encore à 14 mètres ).
Il existait, en outre, tout au sommet de la cote la plus proche, une tourelle au haut de laquelle une sentinelle veillait nuit et jour.
Ce ne fut donc qu'une dizaine d'années après, en 1369, que le château fut livré, par trahison, au roi de France.
A cette époque, le duc de Lancastre, Jean de Gand, tenait encore le château de Beaufort et il y avait placé, en qualité de capitaine, un écuyer anglais, Jacques Win, connut sous le nom de "Poursuivant d'Amour".
Froissard dit, en parlant de lui : "Il avoit si enamouré le royaume de France qu'il se trouva françois, jura loyauté et foi à tenir de ce jour comme bon françois au roi de France".
Et en 1369, lorsque la guerre recommença entre le roi d'Angleterre et le roi de France, par amour pour le pays qu'il habitait et aussi peut être par haine envers les rois anglais le "Poursuivant d'Amour" prit parti pour Charles V.
Le château de Beaufort et toute la seigneurie fit partie désormais du domaine royal et devint le moyen de récompenser les grands services rendus à la couronne.
Le roi de France laissa à Jacques Win la garde du Château de Beaufort, l'un des mieux fortifiés de la province.
Charles V disposa donc de la châtellenie de Beaufort et la donna à Jean II, comte de Tancarville, son chambellan.
Charles VI, son fil, par lettre patente en date du 16 mars 1380, la donna au duc de Bourgogne, Philippe le Hardi.
Ce dernier, en 1397, taxa Beaufort à 200 livres (300 000 francs de notre monnaie), pour concourir à fournir la rançon demandée pour le rachat de son fils aîné, Jean, comte de Nevers, fait prisonnier par les Hongrois (28 septembre 1396).
Ensuite la châtellenie de Beaufort passa à Charles III, roi de Navarre et duc de Nemours (1404), puis à Jacques d'Armagnac.